April 30th, 2008
Le réseau des soins palliatifs du Québec s’intéresse aux médecines alternatives et complémentaires (MAC)

Sous le thème “La vie qui prend son sens”, le réseau des soins palliatifs du Québec tenait son 18iè congrès annuel à Gatineau les 24 et 25 avril 2008.
L’auteur de ce site y a présenté une conférence dont voici le contenu:
Des médecines alternatives et complémentaires (MAC) en soins palliatifs. Qu’est-ce qui a du sens?
Introduction
À une étape de la vie où un bilan s’impose quasiment de soi, l’heure est à la quête de sens. Les interventions proposées en fin de vie pour en améliorer la qualité doivent s’inscrire dans la direction signifiante de la guérison (healing) tant pour la personne atteinte que pour son environnement de soins.
Un contexte qui donne un sens
C’est le propos de cette conférence de faire un survol de divers éléments contextuels qui ont conduit à l’introduction des MAC en soins palliatifs. À titre de premier facteur, citons la demande croissante de ces services dans la population en général depuis au moins deux ou trois décennies. Pour illustrer cela, nous constatons que de 1990 à 1997, le nombre de consultations à des praticiens des MAC a augmenté de 47% aux États-Unis, finissant par largement dépasser celui fait aux médecins de première ligne.
Au Canada, en 1999-2000, 60 – 70% des citoyens avaient eu recours aux MAC. En 2007, au Québec, une proportion de 74% de la population estime que la médecine douce a sa place dans les hôpitaux et 80% des gens sont favorables à l’emploi de la médecine douce en cas d’échec de la médecine traditionnelle. Selon une étude datant de 2004 effectuée dans l’état de Washington, les hommes et les femmes atteintes de cancer ont respectivement utilisé les MAC dans 60 et 80% des cas avec une nette prépondérance des vitamines et minéraux.
Suite à ces faits, la médecine conventionnelle se transforme tant dans sa philosophie d’intervention que dans les moyens qu’elle utilise. La médecine intégrée se définit comme une pratique qui réaffirme l’importance de la relation thérapeutique, se concentre sur la globalité de la personne, est informée par des données probantes et emploie toutes les approches thérapeutiques appropriées pour atteindre la santé optimale et la guérison.
Il importe ici de bien définir ce qui est entendu par guérison au sens du terme anglais « healing ». Nous voulons signifier un processus qui restaure l’harmonie et l’équilibre entre le corps et l’esprit (Glaister 2001). Un virage dans notre qualité de vie, de l’angoisse et la souffrance vers une expérience d’intégrité, de totalité et de paix intérieure (Mount 2006, 2007). En accord avec cette ligne de pensée, l’oncologie intégrée combine chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie avec des modalités des MAC répondant aux exigences de sécurité et d’efficacité fondées sur des preuves, cela dans le but d’améliorer le bien-être.
Le paradigme selon lequel il y a une maladie à traiter perd du terrain face à celui où il est plutôt question d’aider une personne à guérir. Le mode relationnel entre le patient et son médecin se métamorphose aussi. Au lieu d’un patient plutôt passif face à un traitement proposé (imposé) par un médecin, nous aurons davantage tendance à favoriser un échange entre une équipe soignante et un participant aux interventions à recevoir. Certes, des interventions qui viseront encore l’aspect biologique de la maladie mais aussi le Soi, vocable employé pour nommer les dimensions psychologiques, sociales et spirituelles de la personne atteinte.
Cette nouvelle philosophie de soins a commencé à influencer l’organisation des services en Amérique du Nord à tout le moins. À titre d’exemples, l’impact d’une forte demande pour les MAC en oncologie a motivé la formation du « Office of Cancer Complementary and Alternative Medicine » (OCCAM) au sein de l’Institut National du Cancer (National Cancer Institute) en 1998. Au cours de la même année, Le MD Anderson Cancer Center lançait son programme de médecine intégrée et en 2003, nous assistions à la formation de la Société pour une oncologie intégrée (SIO).
Le premier centre de soutien au traitement du cancer voit le jour en 2007 au Québec grâce à la collaboration de l’organisme à but non lucratif L’espoir , c’est la vie et de la Fondation de l’Hôpital général juif. Davantage en lien avec les soins palliatifs, La Maison Michel-Sarrazin constitue un exemple ou sont offertes diverses approches complémentaires parmi les activités de son centre de jour.
La réponse de relaxation constitue une hypothèse scientifique qui fonde notamment l’usage des approches psychocorporelles en médecine intégrée. Nous la devons en grande partie aux travaux du Dr Herbert Benson, cardiologue enseignant à l’Université Harvard et fondateur d’une clinique médicale réputée dont les interventions sont fondées sur ce principe. La réponse de relaxation peut se définir comme le déclenchement d’un ensemble de réactions physiologiques se produisant quand une personne s’engage patiemment dans une activité mentale ou physique répétitive et ignore passivement ses pensées distrayantes.
D’autres scientifiques ont exploré plus profondément ce mécanisme afin d’en identifier les voies anatomiques et biochimiques. Divers neurotransmetteurs sont identifiés et le système limbique cérébral joue une large part dans l’explication des effets ressentis. Le modèle mis en œuvre par l’équipe des chercheurs Tobias Esch et Georges B. Stefano couvre les interactions pouvant se produire du niveau moléculaire jusqu’à l’environnement social de la personne. Celui-ci suggère un rationnel original aux approches de groupe et au maintien de relations saines.
En terminant cette section de l’exposé, rappelons que l’oncologie intégrée vise à promouvoir une relation thérapeutique saine orientée vers la guérison . Elle offre ce qui est supporté par la recherche scientifique surtout en matière de contrôle des symptômes face à la maladie et à ses traitements.
La situation dans le milieu des soins palliatifs
Maintenant, qu’en est-il de l’utilisation des MAC dans le milieu des soins palliatifs? Une étude parue en 2007 brosse un tableau partiel des ressources anglophones canadiennes. Parmi 74 centres faisant partie de l’Association canadienne de soins palliatifs, 88% fournissent ou permettent la dispensation de MAC depuis une moyenne de 8.5 ans et 67% jugent cela utile ou très utile.
Par ailleurs, moins de 25% des patients reçoivent ces soins qui sont dispensés en majeure partie par des bénévoles. Le financement est limité ou absent. Parmi les centres qui n’offrent pas de MAC, 44% en valoriseraient cependant l’accès. Les approches les plus employées sont le massage et la musicothérapie, le toucher thérapeutique et l’imagerie guidée, de même que la méditation.
Parmi les obstacles à l’implantation des MAC, le manque de financement , les connaissances insuffisantes du personnel et sur la façon de développer un programme sont les plus cités. Les résistances de la part des familles et du personnel viennent en dernier lieu. Selon les données recueillies par cette étude, les principales recommandations pour améliorer la dispensation des MAC dans les milieux de soins palliatifs consistent à améliorer le financement, éduquer le personnel et émettre de meilleures lignes directrices.
Parlons de quelques MAC qui se démarquent
Le domaine des MAC est très vaste. Le Centre National des Médecines Alternatives et Complémentaires - National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM) – a divisé le champ de ces pratiques en quatre catégories perméables, lesquelles peuvent être chapeautées par des systèmes médicaux plus globaux.
Nous retrouvons les pratiques fondées sur des manipulations corporelles (massage, chiropraxie), la médecine énergétique (toucher thérapeutique, reiki), les pratiques fondées sur la biologie (produits de santé naturels – PSN, suppléments alimentaires) et la médecine psychocorporelle (méditation, taijiquan, qigong, yoga). Nous consacrerons le reste de l’exposé à cette dernière approche.
L’exercice physique constitue celle qui figure parmi les plus simples et les mieux documentées. Il contre le « déconditionnement » physique, diminue l’anxiété et la dépression, les nausées et les vomissements associés à la chimiothérapie. C’est aussi un excellent moyen pour diminuer la fatigue. Le massage constitue l’approche complémentaire la mieux intégrée au système officiel de la santé. Parmi les principaux bienfaits, citons la diminution de l’anxiété, de la douleur et des nausées. Certaines observations préliminaires laissent croire qu’il pourrait soutenir l’immunité.
La pratique du yoga a été documentée pour réduire les nausées et améliorer le sommeil. Des recherches sont en cours au MD Anderson Cancer Center (TX) et au Albert Einstein College of Medicine (NY). L’acupuncture est utilisée pour soulager les nausées et vomissements. Selon une revue de la littérature, ce serait une des indications où elle s’illustre à son meilleur. Elle soulage aussi la douleur, l’anxiété et la dépression. Des données suggèrent qu’elle contribuerait aussi à soutenir l’immunité mais cela demande à être mieux documenté.
Le docteur Ainslie Meares fut l’un des premiers à documenter l’usage de la méditation en phase terminale de la maladie cancéreuse. Dans un article, il relate que chez 73 patients, après 20 sessions de méditation intensive, presque tous notaient une réduction significative de l’anxiété et de la dépression, de l’inconfort et de la douleur. Le Dr Balfour M Mount, le père de la médecine palliative au Canada, a dit de la méditation :
Pour chacun de nous, le chemin vers la guérison sera différent. Le chemin le plus certain que j’ai trouvé est la méditation. …Le but de la méditation, dans ses multiples formes, est de créer une conscience alerte avec un esprit tranquille et une présence au moment (Mount 2006).
De nos jours, la méditation de pleine conscience est scientifiquement documentée pour apporter des résultats semblables. Au Canada, des recherches sont en cours à l’Université de Calgary et à l’Université McGill. L’hypnose est une technique surtout employée lors de certaines procédures d’investigation (colonoscopie) pour réduire la douleur et l’anxiété. Une diminution des nausées et vomissement justifie aussi son utilisation.
La pratique du qigong interne (exercices de santé selon la tradition chinoise) est très répandue dans les programmes de soutien au traitement du cancer depuis que madame Guo Lin, elle-même atteinte, en a fait la promotion en Chine. Les données objectives valables demeurent encore à venir mais, pour le moment, des observations cliniques encourageantes supportent son emploi.
Le Dr D. Spiegel fut l’un des premiers à en brosser officiellement un tableau positif en 2003 lors du congrès de la Société américaine d’oncologie clinique. Cette discipline peut être facilement adaptée à des états cliniques variés. Au Québec, des cours de qigong sont dispensés par la Fondation québécoise du cancer (Québec et Trois-Rivières), l’Organisation québécoise des personnes atteintes de cancer (OQPAC), le Centre de bien-être de L’espoir, c’est la vie – HGJ, l’Association du cancer de l’est du Québec (ACEQ) et par Accueil-Sérénité (organisme de Sainte-Claire de Bellechasse offrant du support psychologique aux personnes atteintes de cancer), à qui l’on doit d’avoir pris cette initiative au tournant de l’an 2000 .
Le taijiquan (tai chi) se taille actuellement une bonne place parmi les interventions utiles en oncologie et en cardiologie. Il est employé dans plusieurs centres et ses effets combinent ceux rapportés pour l’exercice physique et la méditation. Une étude est rapportée à ce jour et deux autres sont actuellement en cours, supportées par le NCCAM.
Je ne fais que mentionner le reiki, le toucher thérapeutique et le qigong externe. Ces techniques relevant du domaine des thérapies énergétiques, bien que sécuritaires et employées dans certains centres, ne disposent pas d’assises scientifiques suffisantes pour en recommander l’usage à l’heure actuelle. Des études supportées par le NCCAM investiguent le reiki et le toucher thérapeutique. Prudence et réalisme sont de mise.
Conclusion
En guise de conclusion, voici des suggestions de lecture qui vulgarisent bien la notion de médecine intégrée et ses bienfaits dans des aspects allant de la prévention à la palliation :
· David Servan-Schreiber, Guérir, Robert Laffont, 2003.
· David Servan-Schreiber, Anticancer, Robert Laffont, 2007.
· Thierry Jansen, La solution intérieure, Fayard, 2006.
Un guide de pratique (en anglais, disponible sur le site web de la Society for Integrative Oncology - SIO) www.integrativeonc.org
· Integrative oncology practice guidelines 2007
Claude Fournier, MD.
Service de médecine intégrée
Centre de santé et de services sociaux de Beauce



Claude Fournier, l'auteur de ce site, vous souhaite la bienvenue.